Marc Sastre

Livres

La Fin du rock

Les Fondeurs de Briques, 2021
102 pages

Ce n’est pas un livre sur les groupes mais plutôt sur leur mort, sur celle du rock, de ses agonies comme de ses renaissances, de ses impostures comme de ses vérités. Il y est question de rues, d’envoûtements, de divorces et de retrouvailles. On y croise des fantômes, à moins que ce ne soit des fantasmes. Des anonymes aussi, de ceux et celles qui ont les oreilles abîmées et les pieds brûlés pour avoir trop dansé, et souvent trop cherché.

Celui qui nous sépare

poésie
Les Fondeurs de Briques, 2018
46 pages avec CD 10 titres

Du féroce plein le buste

des mâles reconstruisent les ligues.

 Caucasiens.

 Latins.

 Amnésiques.

La tour de France n’est pas bonne vigie

quand l’Europe est province.

J’y vois des prisonniers en mal de horde

jouer aux matons.

Jeffrey Lee Pierce

essai biographique
Les Fondeurs de Briques, 2013
160 pages

Les modèles dont Pierce punaisait les photos sur les murs de sa chambre quand il vivait encore chez sa mère avaient eu comme muses les digues que l’on érigeait le long du Mississippi sous l’œil armé de patrons voyous ; lui, il aura eu les dépressions de son époque au milieu desquelles se débattait la sienne. Quand il sortit dans la rue il n’en avait pas fini avec ses démons. Mais il savait comment les combattre. Les détruire peut-être pas, les dompter, tout au moins pour l’instant. Car IL était ces démons.

Aux bâtards la grande santé

poésie
Les Cyniques, 2013
61 pages
illustration: Anne Martel

Un fruitier en fleur, le ciel riant, une abeille affairée.

Que manque-t-il sur l’herbe qui court ?

Un corps assoiffé, un autre corps assoiffé.

Le monde qui recommence à chaque révolution de l’astre dominateur.

Le bonheur qui revient, triomphant de vulgarité.

Un enfant qui se signe avant de se masturber.

Le traité tenace de l’espoir, sur un lit de boutons déchirés.

L’homme percé

poésie
Les Cyniques, 2011
50 pages

Je suis le fils de ceux qui accrochaient des lumières

sous les nuages des derniers empires.

Le ciel et le temps leur étaient familiers,

le froid même les craignait.

Ça se soignait avec de larges rasades de gnôle

étendues de saintes insultes.

Ça inventait parfois des Communes.

Ceux-là, une échelle leur suffisait.

Parfois un barreau venait à céder,

il y avait plus d’hommes que de barreaux.

Ceux-là ne sont plus,

un ordre en chasse un autre.

À défaut de martyrs

poésie
n & b, 2008
57 pages

Parfois des odeurs de colle me reviennent en bouche.

Des piqûres de prolétaire, des dents pulvérisées

des nuits de scarifications à rendre l’urine acceptable.

Les jours étaient frères, s’ennuyaient comme des frères.

Il fallait se tenir debout, juste debout sur un lit retourné.

Juste debout et ne plus rêver.

Car chaque rêve serait un meurtre de plus.

La maison vide

poésie
Pleine Page / n & b, 2005
45 pages

Le clocher signale midi.

Le moment de l’ombre courte

ombre atrophiée

quantité négligeable.

Sur la course de l’astre

sur la course d’une conscience

midi passe comme une flêche.

Pour les grands brûlés par le midi

par sa maxime

il suffira parfois d’une balle

d’un peu de gaz.

De quelques mots.

Soif

récit
n & b, 2004
64 pages

Ta venue alors, je voudrais l’anticiper. Pour être prêt, pour être vrai. Pour être sans envie de toi. Désintéressé. Déparasité de mon corps : il faudra que je ne sois qu’un. Pour cela je devrai user de lui à satiété, jusqu’à l’épuisement, comme l’on abuse d’un objet en le détournant de sa fonction première, au risque de le briser. Qu’il regrette son appétit, sa boulimie, qu’il regrette d’être corps. Je voudrais que ce soit un corps repu qui t’accueille, un corps vidé, émondé. Un corps à l’humilité retrouvée, un corps rangé derrière son âme. Pour que tu ne puisses douter de celui qui y palpitera encore, après tant de mutilations.

Rien qu’une chute

poésie
n & b, 2003
40 pages

Naître, apparaître aux autres.

Pour un temps se suffire à soi-même. Ou presque.

Si peu suffit alors. C’est que si peu importe.

Le temps d’un ennui de circonstance pratiquer l’épure.

Faire face à l’adoration.

Dans l’atelier du monde

poésie
édition Clàpas, 2000
50 pages

De la demeure au chantier, il y a ce trajet que j’avale.

A la faveur de cet accroc dans la brume

en apnée dans l’habitacle je consulte mes désirs, leur validité.

Accourant vers ce que je fuis.